Olbia poursuit son cycle d’entretiens des présidentes et présidents de fédération nouvellement élus afin de les découvrir et leur permettre de partager leur vision et leurs défis pour leur mandat.
Aujourd’hui, rencontre avec Dominique Mérieux, Présidente de la Fédération française de gymnastique.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours jusqu’à ce mandat ?
J’ai commencé la gym très jeune, à six ans. J’ai pratiqué jusqu’à 13 ans, mais sans prétention de haut niveau. Rapidement, je me suis tournée vers l’entraînement et le jugement, passant mes diplômes fédéraux dès l’adolescence.
J’ai ensuite gravi les échelons en occupant plusieurs rôles techniques : responsable technique départementale puis régionale. En 1988, j’ai pris la direction administrative du Pôle France de Lyon, puis, en 1992, j’ai intégré la fédération au sein du comité directeur. J’y suis restée jusqu’en 2004 avant de rejoindre le bureau en tant que vice-présidente, chargée des grands événements. En 2013, à la suite du changement de gouvernance, j’ai occupé le poste de secrétaire fédérale, tout en étant impliquée au niveau local en tant que présidente de deux clubs.
Pourquoi avoir décidé de monter une liste pour cette élection ?
Grâce à mon parcours, j’ai pu appréhender dans son ensemble le fonctionnement de la Fédération, du club jusqu’au niveau national. Forte de mon expérience et de ma connaissance des différentes strates de l’organisation, je me suis sentie pleinement légitime.
Notre fédération est composée à 80 % de licenciées féminines, mais elle n’avait jamais été dirigée par une femme. Il me semblait important d’apporter une sensibilité différente et d’incarner un renouvellement tout en restant ancrée dans l’histoire et les réalités du terrain.
Comment s’est passée la campagne ?
Ce fut une campagne longue et difficile. Pour la première fois, une opposition existait réellement, avec un vrai débat entre les deux projets proposés. Nous avons parcouru toute la France, rencontré les clubs et les structures déconcentrées, organisé des réunions en présentiel et en visioconférence. Nous avions une liste composée à la fois d’anciens élus, qui connaissaient le fonctionnement fédéral, mais aussi de nouveaux, venant d’horizons divers pour apporter une vision nouvelle.
Il y a eu des moments éprouvants, notamment avec des attaques personnelles et la diffusion d’informations biaisées. Mais nous avons su rester dignes, concentrés sur notre projet et notre ligne directrice. Nous avons été élus avec 56 % des voix, une belle reconnaissance du travail mené en amont et de l’adhésion des clubs à notre vision.
Vous étiez-vous préparée à gouverner ?
Avant la campagne, j’ai suivi une formation de coaching notamment sur la posture et la communication. Consciente de la nécessité de m’améliorer sur ces aspects, je voulais être la mieux armée possible et m’assurer d’être en mesure de mener cette mission avec confiance et efficacité.
Quelles sont les priorités de votre mandat ?
Nous avons plusieurs priorités. D’abord, le haut-niveau. Nous devons restructurer notre approche après des résultats en demi-teinte aux derniers Jeux. Nous avons lancé un audit sur les disciplines GAM [gymnastique artistique masculine] et GAF [gymnastique artistique féminine] et allons l’étendre à toutes les disciplines. Il ne s’agit pas de tout bouleverser, mais d’améliorer ce qui peut l’être et de corriger ce qui ne fonctionne pas. Nous avons récemment nommé deux nouveaux entraîneurs nationaux.
Ensuite, l’inclusion et l’éthique, nous devons garantir un cadre de pratique sain, respectueux de l’intégrité physique et morale des gymnastes, à tous les niveaux. Cela passe par une évolution des méthodes d’entraînement et une attention particulière à l’éthique sportive.
Pour revenir sur le haut-niveau, il n’y aura pas de médaille à tout prix. La performance ne doit pas passer avant le bien-être des gymnastes. Le sport de haut niveau exige des engagements importants, mais les gymnastes doivent être acteurs de leur parcours, en comprenant et en acceptant les contraintes indispensables à la performance, sans les subir. Nous souhaitons également travailler sur la refonte de la filière d’accession au haut niveau, en portant une vigilance particulière sur les plus jeunes gymnastes afin d’éviter un éloignement trop précoce de leur famille.
Le développement de la paragym est également une priorité. L’inclusion des personnes en situation de handicap est un enjeu majeur. Nous avons donc initié un travail de terrain avec les clubs pour identifier les bonnes pratiques et structurer une offre au sein de la fédération. De plus, la Fédération Internationale de Gymnastique travaille actuellement à l’intégration de la gymnastique aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Aussi, de notre côté, nous devons anticiper la préparation de gymnastes de haut niveau en situation de handicap. Un véritable défi nous attend, mais aussi une belle opportunité d’évolution pour notre sport !
Le dernier chantier majeur pour ce mandat est la refonte des compétitions. Nous travaillons à un nouveau format de compétitions nationales, avec une meilleure structuration et des ajustements pour répondre aux besoins des clubs et des licenciés.
Un des enjeux forts de ce mandat sera également de renforcer notre collaboration avec les structures déconcentrées et de tisser des liens plus étroits avec les clubs. Travailler main dans la main avec ces acteurs de terrain nous permettra d’accompagner au mieux leur développement, de mieux répondre à leurs besoins et de construire ensemble l’avenir de notre discipline.
Comment organisez-vous le travail au sein de la fédération ?
Nous avons mis en place une gestion collégiale avec les vice-présidents, chacun ayant la responsabilité d’une thématique. Ils pilotent les projets qui leur incombent et présentent régulièrement leur travail au bureau afin d’assurer une parfaite cohérence avec le projet fédéral. Toutes les orientations stratégiques sont validées par le Comité Directeur dans le cadre de la mise en œuvre du projet fédéral.
Nous avons instauré une réunion de bureau en présentiel tous les mois, complété par des visios intermédiaires pour des décisions urgentes. Nous sommes également en train de structurer le travail des commissions, avec la volonté qu’elles deviennent de véritables forces de proposition, contribuant activement aux réflexions et aux orientations de la fédération.
Où aimeriez-vous en être après un an de mandat ?
D’ici un an, j’aimerais que nous ayons posé des bases solides pour le haut-niveau, avec un encadrement renouvelé et une feuille de route claire pour l’échéance 2028.
J’espère aussi que nous aurons déployé le programme paragym et avancé sur les questions d’inclusion et d’éthique. L’objectif est d’insuffler un vrai changement tout en restant fidèles aux valeurs fondamentales de la gymnastique. La refonte des compétitions sera également bien avancée.
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